Papillons

7 juin,
nous voilà sur le départ cette fois entièrement en pirogue (le chemin est devenu impraticable à certains endroits pour les tak-tak) sous un beau ciel bleu qui a fait si souvent défaut durant le séjour. Un espoir enfin de garder des habits secs (je ne parle pas des pieds qui sont en piteux état à patauger dans l’eau et la boue) après tous ces jours passés dans l’humidité, malgré les efforts de Jean-Louis pour transformer le local des groupes électrogènes en séchoir, mais c’est sans compter l’inexpérience du jeune pilote de pirogue qui, après avoir failli faire chavirer la pirogue, la fait échouer à chaque passage délicat ce qui nous oblige à nous mettre à l’eau pour pousser la pirogue.
Le groupe de ce séjour, arrivé le 23 mai, était constitué de Benjamin (coléoptèriste), Olivier (herpétologue) passionnés et fous de terrain et d’un étudiant jeune bachelier totalement novice en entomologie pour lequel la découverte de ce monde parait un peu difficile surtout si on n’a pas le dynamisme et l’enthousiasme à la hauteur de l’exubérance de la nature qui nous entoure.
Cette première expérience laotienne pour moi est un vrai moment de bonheur même si le temps ne fut pas aussi favorable que souhaité pour les papillons. Le bilan des espèces de jour est assez décevant et les chasses de nuits se sont progressivement montrées de plus en plus pauvres. Mais tout de même quelle diversité! Les microlépidoptères en particulier les Pyralidae sont des petits bijoux. Quelques grosses espèces spectaculaires viennent aussi au drap comme les Sphingidae, Saturnidae et un Brahmidae un soir de chasse très décevant. Le drap attire aussi quelques coléoptères magnifiques ou peu spectaculaires mais qui font le bonheur de Benjamin, de même les grillons que nous attrapons et dont nous remplissons la boite pour le plus grand plaisir des laotiens qui vont s’en régaler.
Une chasse de nuit avec Benjamin dans l’Icos n’a malheureusement pas été aussi riche que prévue tant pour les papillons que pour les coléoptères, mais peut-être les conditions météorologiques n’étaient-elles pas optimum, en tout les cas grand merci à Laurent et Nouï pour nous avoir accompagné et avoir assuré la logistique avec efficacité et bonne humeur.
Une autre tentative fut une chasse dans la bulle des cimes montée à 30 mètres de hauteur qui se solda par un échec la lampe, après une demi-heure de fonctionnement, rendit l’âme…
Une chasse dans l’étoile des cimes serait à tenter mais, il faudrait prévoir un groupe électrogène beaucoup plus léger que celui du camp.
Une image restera certainement gravée dans ma mémoire celle de ces grands papillons (appelés ornithoptères) et dont des représentants du genre Triodes (jaune et noir) planent autour du camp.

Quelques images de papillons, par ordre d’apparition :

Anthera-Larrissa – Appias Olferna – Lamproptera meges – Pareronia anais – Polyura athams



En dehors des papillons, il y a toujours de nombreux insectes variés et souvent très colorés à admirer et une végétation luxuriante dans un paysage karstique déchiqueté, avec de nombreuses grottes et rivières souterraines.
La vision de la canopée du haut de la bulle des cimes reste un grand moment d’émerveillement.
Serpents, grenouilles, lézards sont aussi une source de curiosité grâce à la ténacité d’Olivier qui toutes les nuits part à leur recherche.
Une petite remarque particulière sur les Cicindèles marque mon esprit. On ne peut pas voir ces superbes coléoptères sans avoir une pensée pour Ernst Jünger qui sut si bien décrire dans ses récits de voyages « la chasse subtile » des ces petites bêtes, parfois si difficiles à capturer, mais qui peuvent être très abondantes sur le sables de cours d’eau. Un genre particulier les Collyris petites Cicindèles arboricoles feront au moins pour une d’entre elles on l’espère, le bonheur de notre spécialiste auvergnats des Cicindèles Roger Naviaux qui a révisé ce genre.
Les discussions le soir durant le repas, après souvent une pause apéro, avec des personnes de spécialités et d’horizons différents sont riches d’enseignements et de découvertes, après le traditionnel « à tableu » des cuisinières laotiennes qui nous régalent et dont nous n’oublierons pas les éclats de rires lors de leur voyage dans la bulle des cimes.
Les derniers jours, le camp se vide peu à peu des différents scientifiques, les rangements commencent à s’organiser et on retrouve un peu l’ambiance des fins de saisons des stations de ski où seuls les derniers acharnés profitent des dernières neiges… par contre ici, on profite au mieux de la mousson ! Mais l’enthousiasme reste le même et à la première éclaircie on récolte nos derniers insectes ou reptiles.
Ainsi s’achève ces 15 jours sur le terrain et nous ne pouvons que remercier toute l’équipe qui nous a permis de venir observer nos petites bêtes dans ce site magnifique dans les meilleures conditions possibles.

François Fournier
SHNAO.

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