BILAN A MI-PARCOURS

La mission d’Inventaire de la Biodiversité des Canopées forestières du Laos (IBCL) a trouvé son rythme de croisière ; le moment est venu de jeter un coup d’œil global et impartial sur ce qui a déjà été accompli et sur les difficultés rencontrées.
Le choix de la haute vallée de la rivière Hin Boun semble satisfaisant ; le « relatif isolement » de ce site, en maintenant la pression humaine et l’exploitation des bois d’œuvre à un niveau modeste, a épargné de belles surfaces de forêts primaires.

Ce « relatif isolement » s’explique : l’accès à la haute vallée se fait par le cours souterrain de la Hin Boun, de 7,5 km de longueur et nécessitant une heure de navigation dans la grotte de Konglor. Il s’agit d’une voie commerciale : le tabac produit en amont est aussi évacué par la rivière souterraine.
Où en sommes-nous ? Les équipements destinés aux travaux dans la canopée sont maintenant tous en place. La cinébulle vole chaque matin ; le 14 mai elle a servi à installer avec succès notre prototype – l’ « Etoile des Cimes » – dans la canopée d’un grand Dipterocarpus.

Plus haut dans la vallée, l’Icos est amarré dans la fourche d’un très haut Toona, où l’on accède par deux admirables tyroliennes installées par ANIMO, notre partenaire local. Notre « Bulle des Cimes », opérationnelle dès que le temps est calme, permet d’abondantes récoltes.

Les scientifiques, dans l’ensemble, sont très satisfaits de leur séjour sur le camp ; ils ont à leur disposition une grande variété de milieux : les forêts (sur karsts et sur grès, sous-bois et canopées), les paysages agricoles, les marais et cours d’eau, et les admirables massifs karstiques qui font la réputation de la province de Khamouanne, avec leurs réseaux de grottes et de dolines. Les équipes de Botanique, d’Entomologie (agricole et médicale) et d’Herpétologie multiplient les observations originales. Identique d’une discipline à l’autre, une gradation s’établit entre les découvertes : espèces inattendues d’origine himalayenne, espèces rares, espèces exceptionnelles, espèces mal connues dont la biologie est à explorer, enfin, espèces présumées nouvelles pour la science. Une seule équipe se plaint de l’insuffisance de ses récoltes, celle d’Ornithologie : le manque relatif de diversité des oiseaux serait dû à la pression de chasse et, malgré les efforts des deux chercheurs, la liste des espèces s’allonge peu.
Rien de toute cette activité n’existerait sans le travail de l’équipe technique, Françoise la secrétaire de notre opération qui gère nos crédits, les charpentiers et les électriciens qui ont installé le camp, les grimpeurs qui ont balisé les pistes forestières et équipé les arbres, sans oublier nos cuisinières dirigées par Wong, et Laurence notre médecin.
La vie ici n’est pas d’un grand confort. La chaleur est lourde et les fréquents orages laissent le camp très boueux ; les sangsues, les taons, les moustiques et les abeilles compliquent un peu les déplacements en forêt. Mais nous avons les réconforts de l’humour et de l’amitié, et l’intense satisfaction de travailler, à la meilleure époque de l’année, dans l’une des régions les plus riches d’Asie tropicale en matière de diversité biologique : nous sommes entourés de somptueux papillons et de fleurs inconnues, les fruits ailés des Dipterocarpes tourbillonnent, et les libellules viennent pondre dans les flaques laissées par la mousson.

Francis Hallé
Au camp de la rivière Hin Boun
Le 19 mai 2012

Cette entrée a été publiée dans Articles. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à BILAN A MI-PARCOURS

  1. Jacqueline et Jacques Piquet dit :

    Merci, M. Hallé, pour ce commentaire à l’enthousiasme communicatif. Il nous tarde maintenant de voir en images le déroulement de cette belle aventure scientifique et humaine. Cordialement.

  2. Colette Moreaux dit :

    Je voyage sur la canopée de mes émotions ! Merci
    Que la Vie est belle et bien faite !
    Les espèces humaines, animales et végétales sont variées et magnifiques !!!
    Je partage de tout coeur le bonheur de ce que vous devez ressentir en vivant cette expérience… et aussi en la quittant !
    A bientôt de vous lire, de vous voir, de vous entendre !